Belgicismes

belge

Comme vous le savez, ou pas, je suis belge. Mais j’ai du sang français du côté d’un arrière grand-père et de ma grand-mère paternelle. Je pourrais solliciter la double nationalité mais est-ce bien utile dans une société où nous sommes censés devenir européens ?

Je suis originaire de Mouscron, près de la frontière française de la frontière linguistique. Nous sommes d’ailleurs dans une commune dite « à facilités », cela signifie que nous sommes, normalement, bilingues. Dans les administrations et les commerces, l’usage du français et du néerlandais ne doit poser aucun problème de compréhension. Enfin … ceci est théorique. En réalité, il est assez compliqué de trouver quelqu’un qui parle flamand (version locale du néerlandais), même dans les administrations. Et je suis bien placée pour le savoir car je suis fonctionnaire.

Je suis née dans cette ville de taille moyenne, j’y vis, j’y travaille et je vais sûrement y mourir. En effet, il y a un caveau familial qui m’attend. Je l’entretiens régulièrement car j’ai peur des araignées et suis allergique à la poussière !

Mes parents avaient des amis français, originaires de Lille. Lors de vacances passées chez eux, j’ai pu m’apercevoir que certaines expressions n’évoquent pas les mêmes notions d’un côté ou de l’autre de la frontière. Ainsi, ayant terminé ma boisson gazeuse, je demandais

« Où dois-je mettre la vidange ? ».

On m’a regardée d’un air intrigué.

« Ben oui, la vidange, c’est la bouteille vide mais qui est consignée.

– La consigne donc ! Chez nous, la vidange se fait au garage, pour la voiture. »

Il y aussi les traditionnels « septante » et « nonante », utilisés en Suisse également. Le « déjeuner » que nous prenons le matin et que vous prenez le midi. Les « chicons » qui sont vos « endives ».

Je vous en exposerai d’autres au fur et à mesure de mes recherches (Google est mon ami !)

A bientôt.

Lettre A :

Abaisser (s’) : se pencher

Académique : solennel, universitaire, « le quart d’heure académique » désigne le retard d’un professeur avant un cours

Accises : impôt sur l’alcool, l’essence, les produits de luxe, etc.

A-fond : cul-sec

Aimer de faire quelque chose : aimer, aimer à

Ajoute (ou « rawette ») : ajout, annexe

Allez ! : mot multifonctionnel, (« Allez hein, te laisse pas aller, » ou alors « mais allez, qui a fait ça ? ») exprime parfois l’incrédulité.

A mac : en abondance

Américain : steak tartare

Amitieux : affectueux

Amusette : dissipé, prompt à jouer

A pouf : au hasard

Arranger quelqu’un : rouler quelqu’un

Arsouille : enfant espiègle

A.S.B.L. : Association Sans But Lucratif, équivalent d’une Association loi 1901 en France

Assez bien de : assez de, beaucoup de, pas mal de

Assiette profonde : assiette creuse

A tantôt : à tout-à-l’heure

Athénée : école secondaire de l’Etat

Aubette : abribus, kiosque

Auditoire : grande salle de cours ou de conférence

Au plus … plus que : plus … plus … (ex : Au plus on boit, plus qu’on a soif)

Auto-scooter : auto-tamponneuse

Avaloir : égout

Avant-midi : matinée

Avoir besoin quelque chose : avoir besoin de quelque chose

Avoir bon : avoir plaisir

Avoir de bon : avoir droit à (« Combien avez-vous de bon de lui ? J’ai encore de lui un euro de bon »)

Avoir facile / difficile / dur : être facile / difficile pour moi

Lettre B

baraque-a-frites-obama-col

« Chérie, enfile tes bas-collants. On sort manger chez les Vandeputte.

– Les brusselairs ? Je ne les aime pas trop. Elle n’arrête pas de babeler et elle est biesse. Et lui, il bleffe en mangeant. Je pense qu’il a un problème aux boyaux. Bêk ! Dis … je viens de blinquer mon vélo et la roue berloque. Tu peux la réparer.

– Demain.

– T’as plus le temps de rien depuis qu’t’es bourgmestre. Un jour, je pédalerai et patatras dans la berdouille ou les bricaillons !

– Pas de bisbrouille ! Je le ferai demain. On leur ramène un truc ? Un ballotin de pralines, des boules de Berlin, des babelutes ou des boudoirs ?

– Tu vas  leur donner et ils vont tout baquer. T’as parlé avec le gamin ? Il a encore brossé les cours jeudi. Déjà qu’il a bissé ! Il aura que des buses en fin d’année et il va braire que c’est pas de sa faute. Tu as vu le brol dans sa chambre ?

– Pendant les examens, on n’aura qu’à l’enfermer dans sa chambre. Il sera obligé de bloquer.

– T’as toujours de bonnes idées. Je suis bleue. Viens me faire une baise.

– J’ai toujours eu un boentje pour toi. Tant pis pour les Vandeputte. On va à la barraque à frites ?

– D’accord mais ferme ta brayette. »

Et le vocabulaire pour comprendre :

Babeler : bavarder

Babelute : sucre d’orge ou bavard

Bac : poubelle ou bac de bières

Baise : baiser affectueux

Ballotin : carton à pralines

Bande : voie de circulation

Baquer : verser, jeter

Barraque à frites : friterie

Bardaf ! : patatras !

Barrière Nadar : barrière Vauban

Bas-collant : bas, collant

Bassin de natation : piscine

Lait battu : babeurre

Bel-étage : rez-de-chaussée surélevé

Berdouille : boue

Berloquer : vasciller

Berme : Terre-plein central. En Belgique, la berme désigne l’espace qui sépare les 2 chaussées d’une autoroute. En France, la berme est un sentier étroit aménagé entre le pied d’un rempart et un  fossé ou encore entre une levée et un canal.

Biesse ou biète : idiot

Biloute : appellation affectueuse, rendue célèbre par le film de Dany Boon

Bisbrouille : fâcherie, brouille

Bisser : doubler une classe

Biture : grosse cuite

Bleffer : baver

Bleu de : fou de

Blinquer : briller

Bloquer : étudier

Bobonne : Grand-Mère

Boentje : béguin

Boiler : chauffe-eau

Bomme : poutre de gym

Boudine : nombril, ventre

Boudoir : biscuit à la cuiller

Boule de Berlin : beignet à la crème

Bourgmestre : maire

Boyaux : intestins

Braire : pleurer

Brayette : braguette

Breyoû : qui a la larme facile

Bricaillons : gravats

Brol : désordre

Brosser : sécher les cours

Brusselair : bruxellois

Buse : échec à un examen

Lettre C

craquelin

A la boulangerie :

« Bonjour M’me Gisèle. Un craquelin comme d’habitude ?

– Oui. J’ai vu que des gamins ont fait des caraboutchas sur ta façade.

– Ne m’en parle pas, j’en suis malade. J’ai essayé de frotter avec la chamoisette mais ça part pas ! Vous êtes allée faire un tour à la braderie de la commune ce week-end ?

– Oui. La petite a fait un tour de carrousel puis on a mangé des croustillons.

– Elle est mignonne avec ses crolles et sa frange.

– Bernard, il a préféré le caberluche pour aller raconter des carabistouilles avec ses cloches d’amis.

– Y’a que des clinches et des crapuleux là-dedans !

– La gamine et moi, on est rentrées et j’ai mis mes carbonnades à cuire. Bernard ne revenait pas alors je suis partie le chercher. Comme il faisait cru, j’ai voulu prendre la voiture. J’ai mis le choke. Elle a démarré mais quand j’ai allumé le clignoteur, elle a cliquoté et s’est arrêtée. Je suis partie à pied alors qu’il caillait. Je suis entrée dans le caberdouche. Y était là, tout cron au comptoir, en train de manger un cervelas et un cannibale. Je lui ai mis une calotte. Et tu sais ce qu’il me demande ?

– Non.

– Tirer des sous de mon carnet pour acheter un cornet ! Je lui ai répondu « Clette ! Viens, maintenant coucouche panier ! On rentre.

– Et qu’est-ce qu’il a fait ?

– C’est un couillon, il m’a suivie. Mais il avait vidé notre compte à vue.

– Ah, ces hommes ! C’est un chançard de t’avoir, Bernard.

– Tu l’as dit. Ça me démange parfois de le mettre à la porte. Y’a qu’à trouver une autre commère. Mais quand il est en chemisette ou qu’il m’offre même une cacaille, je craque.

– L’amour !

– Mets-moi une couque et quelques chiques pour la gamine. Je te paierai la semaine prochaine ? ça va ? Je file. Mes chicons vont brûler. »

Caberdouche ou caberluche : café mal fréquenté

Cacaille : objet sans valeur

Cailler : peler de froid

Calotte : tape sur la tête

Cannibale : toast avec un tartare

Carabistouille : blague, mensonge

Caraboutchas : gribouillis

Carbonnades : ragoût de bœuf

Carnet : livret (d’épargne ou de mariage)

Carrousel : manège forain

Casserole : fait-tout

Castard : costaud

Ça va ? : D’accord ?

Cervelas ou chasseur : sorte de saucisse

Chamoisette : peau de chamois

Chançard : chanceux

Chatouiller : démanger

Chemisette : marcel, maillot de corps

Chicon : endive

Chienne : frange de cheveux

Chipoter : tripoter, hésiter

Chique : chewing-gum, bonbon

Choke : starter (démarrage de voiture)

Cliquoter : cliqueter

Clenche, clinche : poignée de porte ou maladroit

Clette ! Des clous !

Clignoteur : clignotant

Cloche : cloque ou empoté

Cloper : avoir peur

Commune : municipalité

Compte à vue : compte courant

Conséquent : important

Copion : antisèche

Cornet : paquet de frites

Coucouche panier ! : Va dormir !

Cougnou : coquille de Noël

Couillon : peureux

Commère : petite amie

Coupon : billet, titre de transport

Couque : biscuit, brioche

Coussin : oreiller

Crapuleux : crapule

Craquelin : pain au sucre

Crolle : boucle de cheveux

Crollé : bouclé

Cron, cronte : courbe, de travers

Croustillon : beignet

Cru : humide et froid

Cuistax : voiture à pédales, en usage à la côte belge

Cumulet : culbute, galipette

Lettre D

déménagement

Au café :

« Salut Robert ! Où est-ce que tu demeures maintenant ?

– Près du dépôt d’immondices. On a emménagé la semaine dernière. Samedi, le camion de déménagement est arrivé peu après le déjeuner. Il faisait déjà douf. On a embarqué les cartons, le divan, les planches des meubles, etc. Comme ‘y avait la ducasse, on a dû suivre le détournement. Arrivés sur place, pas le temps de prendre un dix-heures ! Y a commencé à dracher. En déchargeant vite, je me suis blessé au doigt. Impossible de retrouver les pansements, alors j’ai mis mon mouchoir. Après, la dresse ne rentrait pas dans le couloir, alors j’ai dû la disquer en deux. Une fois tout à l’intérieur, j’ai donné une dringuelle au déménageur. Il était déjà midi. Un voisin est venu direct nous proposer de venir dîner chez lui. Pendant tout le repas,  il nous a soûlé avec sa piscine, ses vacances aux States, sa Mercedes, même ses dessous de plat étaient dorés… un dikkenek c’t homme-là !

– Je vois le genre.

– L’après-midi, on a commencé à s’installer. En voulant visser une ampoule, ma femme s’est pris une drinne. J’lui ai dit « T’es dzoum dzoum, faut éteindre l’interrupteur ! »

– Ah, ces bonnes femmes !

– Tu l’as dit. En revenant des djok, on a remarqué qu’il faudra sérieusement décalcariser. Il y avait carrément des stalactites dans la cuvette.

– Les anciens propriétaires étaient peut-être des spéléologues !

– Ouais ! Le soir, on était nases. Pas de branchement pour la télé, on a regardé des vieilles dias avant d’aller sous le duvet. Mais, en pleine nuit, j’ai dû aller aux urgences. J’avais un doigt blanc, j’ai dérouillé.

– Et ton gamin ? Il s’habitue ?

– Il aime bien promener le chien sur la drève, derrière la maison. Mais l’école, c’est une autre histoire. La délibé s’est mal passée, il est doubleur cette année. Alors, je ne lui donne plus de dimanche tant qu’il ramène pas un beau bulletin.

– Je te paie un verre ?

– Et même plus si tu veux. Ce déménagement m’a déforcé.

– Une bonne douffe va te remettre d’à-plomb ! Patron, c’est ma tournée ! »

Décalcariser : détartrer

Décumul : déclaration fiscale indépendante de chacun des époux

Déforcer : affaiblir

Déjeuner : petit déjeuner

Délibé : délibération

Demeurer : habiter

Dépôt d’immondices : décharge

Dessous de plat : sous plat

Détournement : déviation routière

Dia : diapositive

Dikkenek : frimeur, vantard

Dimanche : argent de poche

Dîner : repas du midi

Direct : directement

Disquer : couper à la scie circulaire portable

Divan : canapé

dix-heures : grignotage du matin

Djok : toilettes

Doigt blanc : panaris

Doubleur, euse : étudiant qui redouble sa classe

Douf : chaud, étouffant

Douffe : cuite

Drache : pluie forte et subite

Dracher : pleuvoir à verse

Dresse : vaisselier

Drève : allée campagnarde

Dringuelle : pourboire

Drinne : secousse électrique

Ducasse : fête du village

Duvet : édredon

Dzoum dzoum : cinglé

Lettre E

poissonnerie

À la réunion de parents, deux pères discutent :

« Comment ça va avec ton gamin ?

– Pas facile tous les jours. Je l’ai pris avec moi à l’échoppe pour un écolage samedi dernier.

– C’est une bonne idée.

– J’ai vite regretté. Une dame lui demande un filet d’elbot, il lui sert un cabillaud dans son entièreté, avec la tête et tout ! Une autre voulait de l’escavèche, il lui a conseillé de prendre autre chose car il ne voulait pas y toucher. Je lui ai demandé de monter sur l’escabelle pour attraper un rouleau d’essuie-tout et il m’a rétorqué qu’il avait le vertige.

– Et bien !

– Entre l’heure de midi, il a demandé de faire une pause. Je trouvais qu’il était longtemps parti et je l’ai trouvé en train de draguer la fille de l’échoppe à fromages ! Exemplatif, non ?

– Un echt fainéant !

– Depuis l’école gardienne, il n’écoute pas. Il devait un jour préparer une élocution endéans deux semaines. Hé bien, il n’a rien fait et a récolté un zéro. Moi qui voulais qu’il devienne échevin. Je pense qu’il va finir dans un bureau à encoder des données toute la journée.

– Ou serveur dans un estaminet !

– Peut-être ! Ah, ces gosses ! »

Échevin : adjoint au maire

Echt : véritable

Échoppe : étal de marché

Écolage : apprentissage

École gardienne : jardin d’enfant

Écouter : obéir

Elbot : flétan

Élocution : exposé fait en classe par un élève

Encoder : saisir, entrer quelque chose dans un machine

Endéans : dans une période de temps déterminée

Entièreté : totalité, intégralité

Entre l’heure de midi : pendant la pause de midi

Escabelle : échelle double

Escavèche : préparation de poisson en gelée vinaigrée

Essuie : serviette

Essuie-tout : sopalin

Estaminet : petit bistrot

Être longtemps parti : être parti depuis longtemps

Évitement : déviation routière

Exemplatif : à titre d’exemple

Lettre F

coiffeur

Chez le coiffeur, deux amies discutent :

« Et la petit Claudine, la fille de Fernande, comment va-t-elle ?

– Elle s’est entichée d’un français.

– Non ? Fourte !

– Oui, Ses parents auraient préféré même un flamîn !

– Où est-ce qu’ils se sont rencontrés ?

– A la fancy-fair. Elle aurait mieux fait d’attraper la floche du carrousel, j’te le dis, moi.

– Et qu’est-ce qu’il fait comme métier ?

– Façadeklacheur.

– Et elle ?

– Quand elle était petite, elle voulait être froebélienne. Elle maniait déjà bien le frotteur. Mais à 18 ans, elle a fréquenté un garçon et a lâché ses études. Maintenant, elle est femme d’ouvrage à l’hôtel de la gare. Elle passe ses journées à frotter les toilettes.

– Et le fransquillon, il est comment ?

– C’est un flave, un peu frotte-manche. Il lui offre des fouffernailles avec un beau discours et elle est contente. Il l’emmène parfois à la friture manger une fricadelle ou un américain frites, avec un frisko comme dessert.

– Moi, mon mari avait intérêt à m’inviter dans un beau restaurant déguster une fricassée ou une flamiche, et à m’offrir autre chose que des fouffes.

– Il a pris un flat en ville. Mais je ne sais pas comment il paie ses charges, vu ce qu’il fume ! Il achète au moins deux fardes de Marlboro par semaine, qu’elle dit Yolande, la libraire.

– Il ne va pas faire long feu !

– Non, il va pas fransquillonner longtemps ici si les flamingants montent au pouvoir.

– Oui, il sera plus aussi franc et va retourner retrouver ses compatriotes. »

Façadeklacheur : peintre en bâtiment

Fancy-fair : fête de bienfaisance

farde: cartouche (de cigarettes), chemise, dossier, classeur

femme à journée ou femme d’ouvrage: femme de ménage

feu ouvert: âtre

fieu : ami

filet américain: steack tartare

flamiche : tarte au fromage

Flamîn: Flamand (péj.), charlot

flamingant: extrémiste flamand

flat : studio

flave: mou, sans personnalité

floche: pompon

foufernailles : choses sans valeurs

fouffes: frusques

fourte: zut !

franc : téméraire

fransquillon: francolâtre

fransquillonner: pincer son français

fréquenter: avoir une liaison

fricadelle : une préparation en forme de saucisse panée

fricassée : œuf sur le plat servi avec du lard

frigolite™: polystyrène expansé

frisko™: esquimau

friture : friterie

froebélienne : institutrice maternelle

frotte-manche : fayot

frotter: récurer

frotteur: petite brosse pour effacer la craie du tableau noir