Noël

Nativité 2.0

nativité

Juste avant que mes yeux ne se ferment, sur mes rétines se fixe l’image du Père Noël qui orne la fenêtre de notre chambre. Mon épouse adore décorer toute la maison aux couleurs de Noël. Nous sommes le vingt-quatre décembre et mon estomac peine à digérer les huitres et la bûche au café de ma belle-mère.

 

 

Un froid glacial me parcourt l’échine et me tire d’un rêve aux relents de cauchemar. Je suis en chien de fusil, au bord d’une route de terre éclairée par la pleine lune. Je me lève d’un bond et observe les alentours, le cœur battant et le cerveau en ébullition. Mais où suis-je ? Je retire mon portable de la poche de mon pantalon de pyjama (oui, je dors avec mon téléphone, on ne sait jamais !). J’effleure l’écran dont la lumière artificielle me rassure et demande :

 

– Siri® !

– Que puis-je faire pour vous ?

– Dis-moi où je suis.

– Vous vous trouvez dans le village de Bethléem, en Israël.

– Comment suis-je arrivé ici ?

– Je ne possède pas les données nécessaires pour vous répondre.

– Quel jour sommes-nous ?

– Nous sommes le vingt-quatre décembre zéro.

– Zéro quoi ?

– An zéro.

– C’est impossible !

– Impossible n’est pas Apple®.

 

Me voilà transporté plus de deux mille ans en arrière, la nuit de la nativité. Je dois devenir dingue à force d’écouter des confessions tordues toute la journée (je ne suis pas prêtre mais psy). Que faire ? Il fait froid et il me faut trouver un abri. Je vois une lumière blafarde émaner d’une cabane au bout de la route. Je marche en sa direction et frappe à la porte. Un homme à la longue barbe vient m’ouvrir.

 

– Vous êtes docteur ?

– Si on veut.

– Entrez vite ! Ma femme doit accoucher.

– Vous ne vous prénommeriez pas Joseph ?

– Si.

 

Il me pousse jusqu’à une jeune femme, allongée sur la paille, qui halète en émettant de petits gémissements tout en tenant son ventre rond, au bord de l’explosion. Je me tourne vers Joseph :

 

– Désolé mais je ne suis pas gynéco.

– Et moi je suis charpentier. Regardez mes mains, elles sont pleines d’échardes.

– Et les miennes pleines de morve de mes patients !

 

La femme parturiente se met à hurler.

 

– Bon, je devrais me débrouiller, avec tous les épisodes de Baby Boom que j’ai regardés avec ma femme !

 

J’encourage les efforts de Marie, Vierge de son état (bien que cela vienne en contradiction avec sa grossesse mais vous connaissez l’histoire des voies du Seigneur !). Finalement, un bébé fraie son chemin entre les jambes de sa mère. Je m’adresse à Joseph :

 

– Donnez un morceau de votre robe. C’est votre enfant, tout de même !

– Justement à ce propos…

– Pas le temps pour une séance et je suis hors de prix.

 

J’emmitoufle le nouveau-né dans le bout d’étoffe et le dépose dans les bras de Marie.

 

– Voici Jésus, ton enfant.

– Comment connaissez-vous son prénom ?

– J’ai lu la Bible.

– C’est quoi la Bible ?

– Une très longue histoire !

 

Pendant toute la nuit, je vois défiler des bergers et même les fameux rois mages. Je les observe remettre leurs présents solennellement au bébé qui dort tranquillement.

 

– De l’encens, de la myrrhe et de l’or. C’est sympa, les mecs. Mais il aurait mieux valu investir dans des couches, du lait et des grenouillères.

– Qui es-tu, étranger en guenilles ?

– Ce ne sont pas des guenilles, c’est un pyjama.

– Une mode d’une autre contrée ?

– Et d’un autre temps. C’est trop long à expliquer. Je suis désolé mais je tombe de fatigue. Un accouchement, c’est difficile, vous savez.

 

Je me retire dans le fond de l’étable, juste à côté du bœuf et de l’âne qui me regardent comme un chien dans un jeu de quilles. Mes paupières se ferment instantanément.

 

 

Ce sont les cris de ma fille qui me tirent de mon sommeil.

 

– Papa, papa ! Le Père Noël est passé !

 

La vision encore trouble, je descends jusqu’au sapin. Ma petite Marie se rue avec empressement sur son cadeau. Mon regard tombe sur la crèche posée sur un guéridon. Un détail m’intrigue et j’en fais part à mon épouse qui vient de nous rejoindre dans le salon :

 

– C’est qui ce personnage en pyjama à côté de l’âne ?

– Mais c’est le mendiant, voyons ! On dirait que tu n’as jamais vu une crèche de ta vie.

– Celui qui a accouché Marie !

– N’importe quoi ! Il était trop bête pour cela.

– Il a tout de même fait trois ans d’études.

– Qu’est-ce que tu racontes ?

– Laisse tomber. Tu es sûre que les huîtres étaient fraîches hier soir ?

Www.noël.com

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Affalé dans mon fauteuil aux accoudoirs élimés, je regarde un film que je qualifierais « de saison ». En effet, nous sommes le vingt-trois décembre et, depuis une semaine, le programme télé ne contient que dessins animés, émissions de recettes de fête, d’idées cadeaux rivalisant d’ingéniosité et d’originalité et de films mettant en scène des enfants, où les sentiments sentent la guimauve et la dinde farcie et dont le happy end parvient parfois à me soutirer une larme.

 

Soudain, j’entends un fracas dans ma salle de bain. Je n’y ai pourtant pas enfermé Rodrigo, mon chat, car il est tranquillement endormi sur mes genoux. De drôles de bruits continuent à me parvenir de la salle d’eau. J’empoigne la première poêle à frire venue ainsi que tout mon courage avant d’ouvrir lentement la porte. Imaginez mon étonnement à la découverte d’un vieux barbu en surpoids, habillé en rouge et blanc. Il est assis sur la cuvette fermée des toilettes. Serrant fortement la poignée de mon arme improvisée, je demande :

 

« Qui êtes-vous et comment êtes-vous entré ici ? »

 

Sans dire un mot ni relever la tête, l’intrus désigne mon chauffe-eau d’un doigt mal assuré.

 

« Quoi ? Vous êtes le réparateur ? Cela fait plus d’un mois que je vous attends Mais c’est quoi cette tenue ? Vous devez troquer votre bleu de travail à l’approche de Noël ? »

 

L’homme prend une grande inspiration, hoquète et m’adresse enfin la parole, exhalant une haleine chargée d’effluves lourdement alcoolisées :

 

« Je suis pèreno…

– Le présentateur ?

– Non… je serais plutôt livreur.

– Pour Kapaza ? Zalando ?

– Non, je ne travaille qu’une fois par an.

– RTT ou chômeur ?

– Vous ne me reconnaissez vraiment pas ?

– Non, pourquoi je devrais ? On est amis sur Facebook ?

– Pff ! Je suis le Père Noël !

– Vous êtes à l’avance !  Faut mettre à jour votre smartphone. Il doit y avoir un problème avec vos rappels automatiques.

– Arrêtez avec votre charabia technologique. J’ai d’autres problèmes.

– Votre addiction à l’alcool ?

– Non, j’ai juste eu besoin de décompresser. Je reviens d’une réunion avec Saint Nicolas, le Lapin de Pâques et la Souris des dents. On veut une amélioration de nos conditions de travail et la retraite à 1500 ans au lieu de 2000. Mais notre direction ne veut rien entendre.

– Mais vous rendez les enfants si heureux.

– Ce n’est plus comme avant. Les gamins nous demandent des téléphones, des tablettes, des appareils photos génériques.

– Numériques !

– Mais mes lutins ne sont pas qualifiés pour fabriquer ces jeux-la. J’ai donc dû négocier avec des usines chinoises mais je viens de découvrir qu’elles emploient des enfants ! Quelle horreur ! Je n’ai plus aucune motivation à continuer.

– Ne baissez pas les bras. Pensez à tous les enfants qui ont les yeux qui brillent en découvrant leur cadeau, toute la joie que vous générez dans les familles. Je veux bien essayer de vous aider. Je suis disponible justement. Cela fait plus de six mois que je cherche un emploi. Je m’appelle Lucie.»

 

Après une longue hésitation, il accepte finalement mon aide. Il me prend la main et nous voilà aspirés par la flamme de mon chauffe-eau. J’espère que cela le détartrera un peu. Une sensation d’endormissement m’envahit et puis des frissons me réveillent. J’ouvre les yeux, prise d’une légère nausée, et découvre un décor digne d’un film de Disney. Je suis dans un grand bureau très rustique, décoré de photos de rennes, de chaussettes rouges et de branches de sapin. Le maître des lieux me fait visiter son usine. Je découvre un lieu vétuste rempli de lutins assis devant une sorte de chaîne de montage. Ils ont tous des cernes sous les yeux, une mine déconfite et des joues creuses.

 

« Ils n’ont pas l’air très en forme vos lutins !

– Oui, ils ont perdu leur motivation eux aussi. Avant, ils fabriquaient toutes sortes de jouets différents. Maintenant, ils sont cantonnés aux nounours, aux poupées et à l’emballage des jouets technologiques chinois. »

 

Je le suis jusqu’à un grand hangar où je découvre son fameux traîneau rempli à raz-bord.

 

« Vous êtes prêt pour demain je vois.

– Il me manque encore ma liste. »

 

Nous retournons dans son bureau. Là, il forme un code, 2412 évidemment, sur la porte d’un coffre. À l’intérieur, il récupère un énorme rouleau au papier jauni.

 

« Ne me dites pas que c’est votre liste.

– Si, bien sûr.

– Il faudrait vraiment vous moderniser. »

 

La journée du vingt-quatre sert aux derniers préparatifs et comporte surtout une longue sieste. Une fois le soleil couché, je m’installe sur le traîneau, aux côtés du mon hôte qui m’a prêté pour l’occasion une combinaison rouge et blanche ignifugée. Un petit cri d’encouragement et sa douzaine de rennes se mettent à courir et s’envoler dans la nuit étoilée. Je découvre un travail fastidieux car la liste d’enfants sages comporte des adresses raturées, des taches de chocolat au lait et n’est pas très facile à manipuler. Pour déposer les cadeaux, il faut passer par les vide-ordures des immeubles, les cheminées des convecteurs au gaz, ou l’évacuation des chaudières. Je ne sais pas par quelle magie mais on y arrive sans trop de difficulté. Après cette nuit harassante, je me laisse tomber dans le lit d’un lutin qu’il m’a gentiment prêté.

 

Je ne savais pas que cette expérience changerait ma vie. En effet, je suis devenue la conseillère du grand Barbu. Nous avons d’abord modernisé toute l’usine et prévu des pauses avec des massages pour les lutins afin qu’ils reprennent goût à leur travail. Ces derniers, ainsi que leur grand patron, ont reçu une formation accélérée en nouvelles technologies, grâce à l’appui d’une prof, une grande blonde à la pédagogie révolutionnaire. Plus de tractations avec les chinois exploiteurs d’enfants car les lutins peuvent désormais construire des tablettes et autres téléphones « Made in Pôle Nord ». La liste ancestrale est devenue numérique et le Père Noël est désormais l’ami Facebook le plus convoité, sur les conseils d’un consultant aux grands pieds.

 

Je viens de signer un CDD de mille ans avec Fantasy et Cie pour donner un coup de jeune à St Nicolas, le Lapin de Pâques et la Souris des Dents. J’ai encore du pain sur la planche ! Le seul problème est que je suis payée en chocolat chaud, guimauve et clémentines.

 

Interview du Père Noël

interview pere noel

La télévision belge annonce fièrement qu’elle a été sollicitée pour interviewer l’homme le plus célèbre de la planète : le Père Noël en personne !  Celui-ci arrive, habillé de son bel ensemble couleur vert sapin, rehaussé d’étoiles brillantes. Son bonnet assorti semble avoir été tricoté avec des branches de cet arbre. Le journaliste l’invite à s’asseoir dans un grand fauteuil en velours rouge.

 

– Bonjour cher Père Noël. Je voulais d’abord vous remercier de nous accorder la faveur de vous rencontrer, surtout en cette période de début décembre qui doit être chargée pour vous et vos lutins.

– En effet, nous sommes sur le qui-vive.

– Une petite question : n’êtes-vous pas habituellement vêtu de rouge ?

– Ah ! Je vois que vous regardez trop la télévision et les publicités pour ce fameux soda américain. Tel que vous me voyez, c’est mon costume traditionnel. Comment voulez-vous être discret dans un vêtement rouge vif ? En vert, je me fonds dans le décor et me cache dans le sapin si un enfant descend en pleine nuit alors que je lui apporte son cadeau.

– Je comprends… c’est un peu une tenue de camouflage.

– Oui, plus jeune, j’ai d’ailleurs hésité entre une carrière de Père Noël et de soldat !

– Ah bon ! Dites-nous pourquoi souhaiteriez-vous vous exprimer sur notre antenne.

– Je représente le syndicat des PPC.

– PPC ?

– Les Personnages Porteurs de Cadeaux. Nous sommes quatre : Saint Nicolas, le Lapin de Pâques, la Souris des Dents et moi-même. Avant, nous apportions des friandises, des biscuits, des fruits et les enfants étaient heureux. De nos jours, ils nous demandent des téléphones, des consoles de jeu, des toboggans et plein d’autres choses. J’ai dû investir dans une nouvelle hotte, plus grande et un traîneau plus puissant avec un moteur « 20 rennes ». La Petite Souris s’est vu réclamer un train électrique… pour une canine ! C’est la porte ouverte à tous les excès. On a même des enfants qui pleurent car ils n’ont pas reçu le cadeau demandé.

– Comment cela se fait-il ?

– Nous ne faisons que répondre à la commande rentrée par les parents. Mais comment peut-on se plaindre alors que l’on a reçu un présent. C’est tout de même insensé ! Ils ont oublié que ce qui comptait c’était l’amour et l’attention qui sont exprimés par le présent offert.

– Avez-vous une explication de ce phénomène ?

– Les enfants deviennent trop capricieux et difficiles. Ils ont oublié totalement l’esprit de Noël qui est le partage, la réunion des familles, la joie, le bonheur et l’amour.

– Que proposez-vous comme solution ?

– Au sein du PPC, nous avons donc décidé de faire grève. Nous ne répondrons à aucune demande de livraison tant que les enfants resteront aussi égoïstes.

– Vous allez faire de nombreux déçus !

– Mais il y a une parade à notre décision.

– Expliquez-vous ceci cher Père Noël.

– Chers enfants, pensez à ce que souhaiterait un autre que vous, qu’est-ce qui lui ferait plaisir. Ecrivez-moi pour que j’apporte à un autre, le cadeau qui le fera sourire. Je ne répondrai  qu’à ces demandes !

– Hé bien, en voilà une révolution. Une dernière question… Père Noël, où êtes-vous ?

 

En effet, l’homme en vert s’est évaporé comme un mirage en plein désert.

 

Le message fut partagé à travers le monde via tous les médias possibles. Certains s’offusquèrent de cette initiative des PPC, d’autres louèrent cette décision et encouragèrent leurs enfants à respecter la nouvelle consigne.

Cette année-là, Noël redevint une période où l’on pensait aux autres avant soi-même. Les courriers des enfants arrivèrent par milliers, sollicitant des présents pour la petite voisine, le copain de classe, le lointain  cousin d’Amérique, etc. Finalement, personne ne fut oublié et chaque enfant apprécia la surprise à sa juste mesure.

Le QG du PCC était en émoi : le Lapin de Pâques pondait des œufs multicolores, la Petite Souris faisait des triples saltos arrière, Saint Nicolas jouait un air de guitare avec sa crosse pendant que le Père Noël effectuait quelques claquettes à la Fred Astaire.

 

Qui est le boss ?

lutin

Il y a de nombreuses années, Bricaille, mon ami, un lutin comme moi, se présenta à l’entrée de la grotte où je logeais pour me proposer un job. Un job pour lutin ? Une aubaine ! Croyez-moi. Depuis que les sorcières avaient été exécutées, brûlées ou pendues, on était un peu au chômage, et pas de droit au RSA si on a des oreilles pointues.

Bon, je suivis Bricaille jusqu’à un bâtiment, un énorme bâtiment qui se situait dans une zone reculée et extrêmement froide. Là, je fus conduit jusque dans un bureau peinturluré de vert et de rouge, éclairé uniquement par de toutes petites lumières. Une dame, à la chevelure rousse et aux petites lunettes en demi-lunes posées sur le bout de son nez crochu, me dévisagea. Les sorcières auraient-elles aussi trouvé un moyen de se faire embaucher ? Je n’osai pas lui poser la question car elle m’impressionnait et n’avait pas l’air commode. Elle me demanda juste mon nom.

« Grabiche, Madame.

– Signez ici et rendez-vous au vestiaire, au bout du couloir. »

Je m’exécutai. Derrière la porte avec l’inscription « vestiaire », je découvris une pièce assez restreinte avec des montagnes de vêtements rouges et verts empilés dans des caisses et, au beau milieu, un petit homme au visage défiguré. Sans émettre aucun son, il s’approcha de moi et commença à prendre mes mesures avec son mètre ruban usé jusqu’à la corde. Il me remit finalement un ensemble complet comprenant un pull en tricot orné d’un renne, un pantalon moulant vert et des chaussures assorties portant un grelot à leur bout pointu. Il me désigna une cabine d’essayage.

Habillé de pied en cap, je m’admirai dans le miroir de la cabine. C’était un peu étrange mais je me trouvai beau. Ensuite, ce fut un écureuil que l’on chargea de me conduire sur mon lieu de travail.

Derrière une énorme porte métallique, je découvris un entrepôt où des centaines de lutins habillés du même accoutrement que moi s’affairaient autour de jouets : certains les fabriquaient, d’autres les emballaient ou les comptaient. C’était finalement des ogres qui les rangeaient sur des étagères gigantesques.

Je fus installé sur un poste d’emballage, celui que j’occupe encore aujourd’hui. Nous passions toute l’année dans l’usine. Elle nous nourrissait, nous offrait un lieu de vie, du travail et même des loisirs comme le cocoball (un dérivé de votre foot mais avec une noix de coco) ou encore le oursinton (se joue comme le badminton mais sans raquette et avec des oursins). C’était bien mieux que de vivre dans la forêt. Mais une question me titillait tout de même : à quoi pouvaient bien servir tous ces cadeaux ?

J’ai posé la question à Crissoux, mon voisin de poste. Il m’a expliqué que les enfants humains les recevaient dans la nuit du vingt-quatre au vingt-cinq décembre via l’intermédiaire d’un mystérieux « Père Noël ». Très curieux de nature, je lui ai demandé plus d’information sur ce personnage. Il me répondit juste : « Je n’en sais rien et cela n’a aucune importance. ».

Tout au long de l’année, je tentai de me renseigner sur ce fameux personnage. Nous emballions des livres qui parlaient de lui. Un jour, discrètement, j’en dissimulai un sous mon pull. Le soir, lorsque tous les lutins ronflaient (et je vous prie de croire qu’ils le font tous !), j’ouvris l’album. Il était magnifiquement illustré. On y voyait un homme bedonnant, à la longue barbe blanche, au visage avenant, habillé en rouge et blanc, avec un bonnet rivé sur la tête, conduire un grand traîneau chargé de cadeaux et tiré par huit rennes volants.

Ouah ! Le voici enfin celui pour qui on travaille, celui qui récompense les enfants sages. Bon, je ne compris pas bien comment il faisait la différence entre les sages et ceux qui ne l’étaient pas ! Peut-être que, comme pour les adultes qui ont un « casier judiciaire », les enfants méchants sont « fichés » quelque part et ne peuvent plus prétendre à un cadeau. Comme j’aurais aimé le rencontrer cet homme en rouge. Il semblait si sympathique, il était devenu un héros pour moi et cela me motivait encore  plus dans mon travail quotidien.

Je patientai jusqu’au vingt-quatre décembre, tout fébrile de pouvoir ne fût-ce qu’apercevoir le « grand patron » adulé par les enfants du monde entier. Je n’en dormis pas la nuit précédente. Toute la journée, je vis les ogres retirer les boîtes multicolores des étagères pour les installer sur une sorte d’énorme luge. Huit rennes arrivèrent ensuite et on les attacha à l’attelage. Les animaux étaient majestueux. Et dire qu’ils pouvaient voler ! Comment était-ce possible ? Ils restaient calmes, malgré l’effervescence ambiante. Quand le traîneau fut complètement rempli, la fin de notre journée de dur labeur sonna et tout le monde se dirigea vers la cantine et les vestiaires. Je ne voulais pas quitter ce lieu, je souhaitais apercevoir notre « big boss ». Mais nous fûmes priés de ne pas traîner. Dans le dortoir, je guettai à la fenêtre mais ne vis rien. Mort de fatigue, je finis par m’endormir.

Le lendemain matin, on nous annonça que la distribution s’était bien déroulée et que le patron nous remerciait. Nous n’avions plus qu’à recommencer à remplir les étagères pour l’année prochaine. J’avais donc un an pour mettre en place un plan afin de voir, ou au moins apercevoir, mon héros. Cela semblait assez compliqué car, d’après une enquête rapide menée auprès des plus anciens, aucun lutin ne l’avait jamais croisé. Nous ne voyions que ses sous-fifres, ses porte-parole ou ses assistants.

Le vingt-quatre décembre suivant, je me cachai donc dans un coin de l’entrepôt. Je gardai à l’œil le fameux traîneau. Lorsque la salle fut vidée de ses employés, j’aperçus une silhouette toute maigrichonne s’approcher des rennes. Il caressa chacun d’eux. Je distinguai mal les traits de l’homme. Je ne pus que distinguer un dos voûté et un visage imberbe. Rien à voir avec le Père Noël ! Encore un autre collaborateur parmi d’autres.

Une persienne géante entama sa lente ouverture. De l’air glacé, chargé de flocons de neige s’engouffra dans l’entrepôt. Je commençai à grelotter. Les rennes tirèrent lentement leur lourde charge jusqu’à l’extérieur, avant que l’ouverture ne se referme. Je courus jusqu’au dortoir, tentant d’apercevoir quelque chose mais le traîneau semblait déjà s’être volatilisé. Normal, avec des rennes volants !

Malgré diverses tentatives les années suivantes, je ne parvins jamais à LE voir. Cela en devenait frustrant. Mes compagnons ne comprenaient pas mon acharnement. Je me sentais bien seul dans ma quête.

Un jour, le lutin messager était à l’infirmerie pour soigner une grippe bulbaire, et on me confia son poste. Je devais donc porter des documents, des messages, du matériel de bureau en bureau. En traversant un des nombreux couloirs, je suis resté paralysé devant une plaque clouée sur une porte rouge annonçant « Direction ».

Mon cœur se mit à battre la chamade, l’occasion était trop belle. Mais s’IL se fâchait à ma vue, je risquais de perdre mon job. Que faire ? Je collai mon oreille pointue sur le bois verni. Il n’y avait aucun bruit. Peut-être faisait-il la sieste ? Je saisis la poignée et la tournai lentement. La porte s’ouvrit sur un bureau chargé de dossiers et papiers en tous genres. Sur le manteau d’une cheminée où brûlaient quelques bûches, se trouvait un portrait représentant le même personnage que dans mon livre. Le Père Noël y arborait un grand sourire généreux. C’est sûr, j’étais bien dans son bureau et celui-ci était vide.

Je détaillai la pièce. Sur un porte-manteau sculpté, était posé le fameux manteau rouge et blanc ainsi que le bonnet au pompon assorti. Sur une sorte de coiffeuse, je découvris du maquillage, une perruque et barbe blanches ainsi qu’une combinaison qui semblait pouvoir se gonfler d’air via une pipette.

« Que faites-vous là ? »

Mon sang se glaça et je me retournai vers celui qui venait de m’interpeller vertement. Je découvris un homme âgé, au dos voûté et aux petits yeux marron cachés derrière des lunettes rondes. Il me regardait fixement en attendant une réponse à sa question. Je balbutiai :

« Excusez-moi. Je souhaitais rencontrer… Monsieur Père Noël.

– Vous l’avez devant vous ! »

J’écarquillai les yeux. Comment cet homme maigrelet pouvait être mon héros ! Et là, je me remémorai la silhouette aperçue dans le hangar, mon regard partit à nouveau observer les indices qui s’offraient à moi : tous ces éléments faisaient partie d’un déguisement ! Mes yeux se posèrent finalement sur une plaque en étain posée sur le grand bureau en chêne, qui annonçait « Pernaud L. ». Je me retournai vers le vieil homme qui m’offrit un petit sourire contrit.

« Monsieur, je ne comprends pas ! Vous n’êtes pas le Père Noël ! Regardez le tableau, vous ne lui ressemblez pas du tout.

– Asseyez-vous mon cher. Je vais vous expliquer… »

Mon patron m’exposa l’histoire de sa famille. Son arrière-arrière-arrière… enfin plusieurs fois arrière-grand-père avait construit cette usine. Grand magnanime devant l’éternel, il désirait offrir des cadeaux pour tous les enfants du monde. C’est son portrait qui trônait sur la cheminée. Il avait souhaité porter un costume vert afin de pouvoir se fondre dans le décor de sapins. Mais, atteint de daltonisme, il en confectionna un de couleur rouge. A l’époque, il choisit de travailler avec les créatures magiques, victimes de discrimination, mais surtout parce qu’ils ne posaient jamais de questions. Ce bienfaiteur de l’humanité miniature s’appelait Pernaud Louis. Féru de jeux de mots, il choisit de se faire appeler par le patronyme si connu aujourd’hui.

Ainsi, la tradition se perpétua de père en fils. Il fallait juste que les successeurs portent un prénom commençant par L. Il y eut donc Léopold, Lénin, Léo, Larry et bien d’autres. Le patron actuel s’appelait Lincoln.

Pour le problème de l’apparence, la fausse barbe était utilisée depuis de nombreuses générations car il est arrivé qu’un homme de trente ans à peine doive prendre la relève, à la suite d’un décès accidentel de son père. Pour l’embonpoint, il y avait la combinaison gonflable. Et finalement une bonne sorcière maquilleuse permettait de rendre l’illusion parfaite.

Pour la distribution des cadeaux, j’ai appris que c’était les fées qui s’en occupaient. Pas de rennes qui volent. Ils sont juste là pour le transport en dehors de la zone polaire car les ailes des fées gèlent et elles meurent.

« Voilà, vous savez tout et vous êtes un des rares dans la confidence. »

Je tendis la main à l’homme en face de moi en annonçant :

« Enchanté de travailler pour vous, Monsieur. »

Il me la serra et je sortis prestement de son bureau, un grand sourire aux lèvres.

C’est donc ainsi que je découvris que le Père Noël n’existait pas ou plutôt plus. Mais son esprit anime toujours notre usine.

Voilà mes amis. C’est une grande révélation que je vous fais ici et je n’en ai jamais fait part à mes camarades. De toute façon, ils ne s’en préoccupent pas. Mais les mythes nous font rêver et celui-ci a pour fonction de rappeler aux enfants de rester bien sages ! Mais chut ! Ne leur dites pas…

 

Amitiés de Grabiche

Un mythe s’effondre …

pile of letters and postal parcel

Salut, je m’appelle Lila. J’ai 16 ans. Il faut que je vous raconte ce qui m’est arrivé. Vous n’allez pas y croire. Je n’en reviens toujours pas.

Commençons depuis le début. Je suis née un beau jour du mois de m ai, les fleurs commençaient à parfumer le jardin, toute la nature était colorée et les températures devenaient plus clémentes après un long hiver. Vous vous en foutez ? Sympa, merci !

Passons directement à mon premier Noël. Mes parents, Mr et Mme De Bougainvilliers – Fribourg, châtelains de leur état, avaient à cœur de me combler. Ce sont eux qui ont écrit ma première lettre au Père Noël, étant donné qu’il ne m’était pas encore loisible de le faire moi-même, faute d’être surdouée. L’Homme en Rouge m’apportait ainsi plein de cadeaux.

A partir de 6 ans, je fus capable d’étaler des mots compréhensibles sur une page blanche et me suis occupée seule de lister mes désirs, à force de découpages dans les folders publicitaires de saison. Au fil des ans, ceux-ci devinrent de plus en plus fous et ambitieux. Je reçus ainsi une année, un pur-sang arabe. Le Père Noël était généreux. Il le semblait spécialement avec moi. Mes copines de Lycée me répétaient toujours : « Arrête de croire au Père Noël, Lila ! » Mais quand je leur montrais mes cadeaux, elles me  disaient que c’était mes parents qui les achetaient et bla bla bla. Bande de jalouses et médisantes ! Si j’avais su …

Moi, tout ce que je constatais, c’était que je déposais ma lettre sur la cheminée début décembre, elle disparaissait la nuit suivante et le 25 au matin, tout ce que j’avais souhaité se trouvait au pied du sapin.

Cette année, un nouvel élève a intégré la classe en septembre. Il est craquant ! Son petit nom est Sébastien. Comme il est beau ! J’ai bien tenté de le séduire en laissant tomber mon crayon à ses pieds. Mais il ne me l’a jamais ramassé.

Arrivait alors le mois de décembre et la possibilité de faire mon vœu annuel. Cette année, c’était décidé : pas besoin de bricoles ou de babioles, il me faut autre chose. Je n’étais plus une petite fille. J’avais déjà tous les biens matériels qu’on puisse rêver. Dans mes bouquins, les jeunes filles trouvent toutes l’amour ! Voilà ce qui me manquait.

J’ai pris mon plus beau papier à lettres, celui avec les cœurs et les angelots. Quoi c’est kitch ? Après une longue réflexion, j’ai couché mon plus profond désir sur la feuille rosâtre et j’ai déposé l’enveloppe dans ma grande chaussette rouge et verte accrochée comme chaque année sur la cheminée.

Le lendemain, j’ai remarqué un air étrange chez mes parents. Ils me jetaient des regards gênés et faisaient des messes basses. J’espérai qu’ils n’avaient pas l’intention de m’annoncer qu’ils voulaient divorcer ! Cela semble en effet la grande mode maintenant !

Nous étions le 25 décembre et je descendis prestement vers le sapin de trois mètres de haut qui ornait le salon. A son pied, une lettre ! Je m’empressai d’arracher l’enveloppe et de la lire. Le texte était écrit à l’ordinateur. Quelle modernité étonnante de la part d’un homme âgé de plusieurs siècles. Il était juste noté : « Ton cadeau arrivera vers 10 heures. Sois prête ! »

Ni une ni deux, je montai l’escalier quatre à quatre (ça fait beaucoup de chiffres pour une fille qui déteste les maths !). Je m’engouffrai dans la salle de bain et n’en sortis qu’une heure plus tard, maquillée et taillée dans ma plus belle robe du dimanche.

La grande horloge de la cuisine sonna 10 heures. Le dernier ding résonna et le silence se fit dans la maison. Mes parents étaient assis sur le canapé et m’observaient d’un air inquiet. Je restais plantée dans l’entrée à me triturer les mains en restant les yeux rivés sur la porte centenaire en chêne sculpté et ornée de gonds et poignée en argent. Les minutes passèrent.

Soudain, mon père se leva nerveusement et se rendit à l’étage. J’entendis une conversation animée mais j’aurais été incapable d’en déterminer le contenu. Il s’agissait sûrement d’un coup de fil professionnel.

Peu après, il revint et s’approcha de moi. Me posant la main sur l’épaule, il me chuchota :

« Suis-moi ma chérie.

– Mais, j’attends mon cadeau. Il était noté dix heures mais le Père Noël a peut-être eu un contretemps.

– Viens, je vais t’expliquer. »

Je le suivis jusque dans son bureau où il m’invita à m’asseoir. Il ouvrit un tiroir à l’aide d’une minuscule clé et en retira seize enveloppes qu’il me tendit. Je les reconnus tout de suite.

« Mes lettres au Père Noël ! Mais … pourquoi il vous les a rendues ?

– Parce qu’il n’existe pas. Nous avons tenté chaque année de préserver le mythe car nous adorons voir toutes ces petites étoiles dans ton regard lorsque tu découvres tes cadeaux au pied du sapin. Nous n’avons pas eu le cœur de t’enlever cela. Mais, cette année, tout s’est compliqué. Tu as demandé que ce Sébastien tombe amoureux, qu’il vienne te demander de sortir avec toi et qu’il t’embrasse comme dans un film dont j’ai oublié le nom.

– Roméo et Juliette … »

Je sentis alors mes joues devenir cramoisies. Si j’avais su que ma lettre serait lue par mes parents, je n’aurais jamais écrit tout cela ! Comment ai-je pu être aussi naïve ? Mes amies ont dû me prendre pour une idiote. Mon père continue :

« Ta mère et moi avons discuté longuement après avoir lu ta lettre. J’ai fini par prendre contact avec les parents de ce garçon afin de savoir s’ils seraient d’accord que vous fréquentiez … quelques temps.

– Non ! Tu n’as pas fait cela ?

– Ses parents sont très gentils. Ils ont été un peu étonnés par ma demande un peu particulière mais ils en ont parlé avec leur fils qui semblait d’accord de jouer le jeu. On avait donc fixé rendez-vous aujourd’hui à dix heures. Ne le voyant pas arriver, j’ai appelé tout à l’heure. On m’a expliqué qu’il s’était ravisé car il a des vues sur une autre fille. Il a eu peur de la perdre. Je suis désolée ma chérie. »

Après cette annonce, comme un pavé jeté dans la mare de mes illusions, je fus bouleversée. Je restai pantelante sur ma chaise, les yeux dans le vide. Une seule pensée me traversa l’esprit : « J’ai 16 an et je sais maintenant que le Père Noël n’existe pas ! »

 

Du rouge pour du rouge

congrès père noel

Nous sommes le vingt-trois décembre de l’an mille huit cent quatre-vingt-sept en Touraine. C’est dans un lieu secret que le grand congrès des Pères Noël ouvre sa séance. Autour d’une immense table siègent des hommes minces et d’autres bedonnants en costumes verts, blancs, bleus, orange ou encore mauves. Certains portent la barbe longue, d’autres le bouc et quelques uns la simple moustache. Binocles ou lunettes, hotte ou grande besace, chacun y va de son propre style. Les sujets de conversation fusent : comment nourrir au mieux ses rennes, la juste rémunération des lutins, le passage dans les cheminées étroites, la fonte des neiges au Pôle Nord, etc.

 

Tout au long du congrès, les verres sont constamment remplis de Vouvray. Après quelques heures, le bout des nez et les oreilles rougissent, les propos deviennent incertains, des rires niais fusent de partout. Le délicieux breuvage coule dans les gosiers. La nuit avance et les convives commencent à ressentir le contrecoup de la biture ; les têtes tournent, les estomacs montrent des signes de rébellion et les toilettes deviennent un lieu très prisé.

 

C’est dans cette ambiance chaotique qu’apparaît un homme à la longue barbe sombre. Il se présente :

 

– Bonjour chers Pères Noël ! Je m’appelle John Pemberton, je viens des Amériques. Cela fait un certain temps que je suis à votre recherche.

 

Le moins malade d’entre eux s’approche de l’importun en titubant.

 

– Mais que faites-vous ici ? Ce lieu est  tenu secret.

– Sachez qu’un bon détective, comme celui que j’ai rançonné, est capable de dénicher n’importe quoi. Même un congrès aussi clandestin que le vôtre !

– Pourquoi venez-vous gâcher notre fête ?

– Je souhaite vous proposer une collaboration.

– Nous n’avons pas besoin de sponsor ou autre mentor. Notre entreprise tourne à plein régime, régime plutôt bien arrosé comme vous aurez remarqué…

– Je le sais et c’est ce qui m’intéresse.

– Vous constaterez que nous ne sommes pas en état de négocier quoi que ce soit. Revenez l’an prochain.

– Je vois que vous auriez bien besoin de ma boisson magique.

– Qu’a-t’elle de magique ? Y avez-vous mis de la bave de gobelin, des ongles de lutins ou des poils de rennes ? Je parie que vous êtes un charlatan !

– Non, rien que des ingrédients secrets qui ont le don de soulager. Sachez que je suis pharmacien de formation. Tenez, prenez et buvez-en tous…

 

L’homme versa dans un verre une boisson gazeuse d’un brun très prononcé. Le Père Noël renifla le breuvage douteux avant de le boire cul-sec. Il éructa très fort, attendit quelques minutes et poussa un soupir de soulagement.

 

–  Vous avez raison John, votre boisson m’a remis les tripes à l’endroit. Ohé chers amis, venez boire la potion de l’homme d’Outre-Atlantique.

 

Chaque Père Noël but de grandes gorgées. Les sourires revinrent orner les visages ridés. Finalement, l’un d’eux demanda à Monsieur Pemberton :

 

– Nous aurions bien besoin de votre médicament car, chaque année, nous tenons séance l’avant-veille de Noël et la distribution des cadeaux le lendemain est souvent laborieuse et douloureuse car nous ne pouvons résister aux délices de Touraine, de Bourgogne ou encore de Bordeaux.

– Voilà donc la raison de ma venue. Je vous propose de vous livrer le nombre nécessaire de bouteilles de mon produit et, en échange, vous devenez les représentants officiels de celui-ci.

 

Les Pères Noël durent se concerter avant de prendre une décision. Après une longue discussion, ils déclarèrent au pharmacien :

 

– Nous acceptons votre offre. Qu’attendez-vous de nous précisément ?

 

– Que vous ressembliez à mes bouteilles !

 

Ils regardèrent la bouteille du remède qui était bombée et dont l’étiquette arborait une belle couleur rouge vif avec des volutes blanches.

 

Depuis lors, à l’approche des fêtes de fin d’année, la marque de soda, devenue célèbre à travers le monde, se plaît à montrer des images de Père Noël bedonnant au costume rouge et blanc et à la longue barbe blanche. Les fameux distributeurs de cadeaux du vingt-quatre décembre adoptèrent tous ce look et purent ainsi, chaque année, continuer à profiter des délicieux vins français, dessaouler grâce à la boisson américaine et être aptes à déposer les cadeaux au pied du sapin, pour le plus grand plaisir des enfants qui oublièrent qu’un jour le Père Noël ait pu être vert !